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mardi 31 juillet 2018

De chair et d'encre de Dola Rosselet

De chair et d'encre

Editions : Rivière Blanche
264 pages

Résumé : Abordant au gré de ses envies – et des besoins de ses histoires – tous les rivages de l’imaginaire, Dola Rosselet ne s’interdit rien : « ce sont les personnages qui décident », dit-elle. Ses thèmes de prédilection se sont dégagés en creux, nouvelle après nouvelle, jusqu’à constituer cet ensemble puisant aux sources des grandes tendances de l’imaginaire. De chair et d’encre est donc un recueil placé sous le sceau de la diversité et de l’harmonie.
Des âmes en peine, d’étranges survivances, des absences si présentes, des ombres qui refusent de s’estomper quand vient le crépuscule, des parfums entêtants aux propriétés impossibles, des jeux de la séduction à la fois cruels et sensuels… Dola Rosselet, c’est une voix vibrante qui s’élève pour demander ce qu’il reste après. Après l’amour, après la mort, après l’exil, après la guerre, après la pluie, après… demain.

Chronique

J’ai lu ce livre il y a quelques mois déjà, ce n’est donc plus tout à fait frais dans ma mémoire. Néanmoins, si les détails sont un peu flous, certaines impressions perdurent. Et c’est bien là que réside la force de « De chair et d’Encre » : sa capacité à toucher quelque chose en nous, à y imprimer sa marque, à laisser des traces. De l’Encre gravée dans la chair.

Si toutes les nouvelles qui composent ce recueil sont différentes, parfois radicalement, explorant de nombreux genres, allant de la SF au fantastique, un dénominateur commun s’en détache : une certaine mélancolie se dégage de l’écriture ciselée, une poésie de ces mots qui percutent, qui capturent l’émotion et la retranscrivent. Il y a une forme de délicatesse et de raffinement transpirant de l’ensemble des nouvelles rarement rencontré dans mes lectures. Une beauté qui transparaît dans la cruauté, la douleur, la tristesse.

Un autre élément important à évoquer est la constance dans la qualité des nouvelles. Beaucoup de recueils peuvent être variables à ce niveau, le très bon côtoyant le beaucoup moins bon… Dola Rosselet nous a épargné cette dernière catégorie, nous offrant uniquement d’excellents moments de lecture. Ce qui ne m’a pas empêchée d’avoir mes nouvelles favorites. Je vais vous présenter ces dernières. Ce classement s’est modifié avec le temps, certaines nouvelles m’ayant peut-être moins emballée sur l’instant, mais leur impression ayant subsisté quelque part en moi, me marquant d’une manière imprévue. C’est le cas notamment de la première nouvelle, A la vie, à la mort, qui évoque des thématiques comme le deuil, le souvenir, les liens familiaux. Je l’avais trouvée belle, mais un peu classique. Et pourtant, après presque sept mois, j’en conserve une forte impression. Une mélancolie prégnante qui reste collée à la peau. Ce n’est pas ma préférée du recueil, mais il s’agit assurément d’une des plus marquantes. Une puissante entrée en matière.

Comme un parfum de deuil m’a laissée une impression semblable. Il s'agit d’un récit plein de sensibilité, qui aborde une thématique douloureuse avec justesse. Un texte qui transpire le désespoir.

La suivante, Autopsie d’une rencontre, est incontestablement l’une de mes préférées. Une nouvelle que j’ai adorée, autant au moment de sa lecture que maintenant, avec un certain recul. C’est dans ce récit que transparaît le plus cette beauté étrange, troublante, dans la cruauté et l’horreur, dessinée par les phrases mélodieuses et impactantes et par un rythme implacable, fascinant.

Machination, dans un genre totalement différent, nous plonge dans un survival désespéré et glaçant. Un rythme effréné et des histoires qui s’entremêlent, pour former un tableau aux couleurs bien sombres.

Trois étoiles est un texte court, percutant, poignant, qui frappe fort et juste. Un petit bijou.

Frères d’a(r)mes conclue le recueil parfaitement, avec un récit d’une grande force, d’une justesse bouleversante. Je l’avais lu il y a plusieurs années déjà et je ne me rappelais pas l’uppercut qu’il provoquait. Porté par des personnages réalistes, humains, il offre un segment d’Histoire sous forme de tranches de vie brutales et tragiques.

Au final, un recueil qui offre une diversité de textes prenants, touchants, portés par un style délicat, jouant sur les sens, tout particulièrement le goût et l’odorat, et laissant une trace derrière eux. Une marque.


lundi 19 juin 2017

L'homme qui mit fin à l'histoire de Ken Liu

L'homme qui mit fin à l'histoire

Editions : Le Bélial' (collection Une Heure Lumière, 2016)
112 pages

Résumé : imaginez un procédé scientifique révolutionnaire permettant de retourner dans le passé. Une seule et unique fois par période visitée. Par une seule et unique personne. Sans aucune possibilité pour l'observateur d'interférer avec l'objet de son observation. Un procédé qui ouvre les portes de la connaissance, de la vérité, sur les périodes les plus obscures de l'histoire humaine. Plus de mensonges. Plus de secrets d'Etat. Avez-vous déjà entendu parler de l'Unité 731 ? Créée en 1932 sous mandat impérial japonais, dirigée par le lieutenant-général Shirö Shii, cette unité militaire de recherche bactériologique se livra à l'expérimentation humaine à grande échelle dans la province chinoise du Mandchoukouo, entre 1936 et 1945, provoquant la mort de près d'un demi million de personnes… Cette invention révolutionnaire va enfin permettre de savoir la vérité sur ces terribles événements, à peine reconnus en 2002 par le gouvernement japonais, et couverts pendant des années par le gouvernement américain. Quitte à mettre fin à l'Histoire…

Extraitle "monstre" vient par définition d'un autre monde, sans rapport avec le nôtre. Brandir ce terme revient à trancher les liens d'affection et d'angoisse, à affirmer notre supériorité, mais on n'apprend rien, on ne découvre rien. C'est simple et lâche. Je sais à présent qu'il faut s'identifier à un homme comme [lui] pour mesurer l'horrible souffrance qu'il a causée. Il n'y a pas de monstre. Le monstre c'est nous.


Chronique


L’homme qui mit fin à l’histoire, c’est une pure tuerie (sans mauvais jeu de mot… ou peut-être un peu quand même). J’avais découvert le massacre de Nankin avec Tokyo de Mo Hayder, voilà l’unité 731, pas moins que l’une des pires horreurs de l’histoire. Je préfère donc prévenir : même si Ken Liu ne fait jamais dans la surenchère, c’est à coup sûr un livre dur, qui marque et laisse des traces. Je connaissais vaguement l’existence de ce centre d’expérimentation humaine de la seconde guerre mondiale, en ayant entendu parler de « a philosophy of knife » que je n’avais pas eu les tripes de regarder (et c’est toujours le cas). Donc, bizarrement, par l’existence même de ce film (évoqué dans l’homme qui mit fin à l’histoire et qui est un peu à l’origine des événements s’y déroulant), j’en avais déduis que les exactions commises durant la deuxième guerre mondiale par le Japon étaient connues et admises par tous. Grave erreur, dont je me suis rendu compte à travers ce petit bijou qu’est l’homme qui mit fin à l’histoire.

Ce roman se présente sous la forme d’un documentaire, ce qui appuie d’autant plus l’aspect réaliste du texte. La science-fiction y est très légère et à la fois centrale, grâce au procédé utilisé pour « revoir » certains événements du passé. Problème : ils ne peuvent être « visionnés » qu’une fois, par une seule personne donc. Ce procédé controversé nourrit les négationnistes et la polémique.

Plus qu’une leçon d’histoire sur l’unité 731, ce livre est une leçon sur l’histoire elle-même : la façon dont elle se construit, comment elle est abordée par les historiens et le public et sur la façon dont elle peut être remise en question. Si l’unité 731 est comparé à l’Auschwitz d’Asie, le négationnisme aussi peut être mis en lien avec celui qui entoure la shoah. Je n’avais jamais compris comment celui-ci était né, de quelle manière il pouvait être soutenu par certaines personnes. Avec l’unité 731, il est d’autant plus fort qu’il n’y a eu aucun survivant pour témoigner. Tout le mécanisme du doute et de la façon dont il peut être nourri à mesure que le temps passe et que les événements s’éloignent est très bien décrit dans ce livre.
Une citation que j’aime beaucoup et qui illustre ce propos (une parmi tant d’autres, car il y a suffisamment de pépites pour être vraiment très riches dans ce roman) :
« Contre les victimes de cette atrocité, les négationnistes commettent un nouveau crime. Non seulement ils soutiennent les meurtriers et les tortionnaires, mais ils effacent et réduisent au silence les victimes du passé. Ils les tuent une fois de plus. 
Jusqu'à présent, ils avaient la tâche facile. À moins qu'on ne s'oppose avec vigueur à leur déni, les souvenirs perdaient leur netteté avec l'âge, les voix s'éteignaient dans la mort, et les négationnistes finissaient par l'emporter. Les personnes du présent devenaient les exploiteurs des morts. C'est ainsi qu'on a toujours écrit l'histoire. »

Bref, j’ai adoré. Une nouvelle « Heure Lumière » claque, collection qui parvient à aborder des sujets complexes, différents dans chaque livre, mais à chaque fois avec brio.


lundi 12 juin 2017

Pure (trilogie) de Julianna Baggott

Pure

Editions : J'ai lu (2012)
535 pages

Résumé : Depuis que les Détonations ont ravagé le monde, Pressia vit avec son grand-père dans les décombres, la cendre et le danger. Demain, elle aura 16 ans, âge où la milice vous enlève pour entraîner les plus forts ? ou achever les plus faibles. Pressia n'a plus le choix, elle doit se préparer à fuir. Au loin brille le Dôme : un lieu sécurisé et aseptisé où une petite partie de la population, les Purs, s'est réfugiée avant la catastrophe. Partridge n'a qu'une idée en tête : en sortir pour retrouver sa mère. Pour ces deux adolescents, une question se pose : comment survivre dans ce monde postapocalyptique où tout est presque mort ?


Chroniques

Tome 1

Un livre vraiment dur et effrayant d'une certaine manière. L'univers est si bien construit que je me suis imaginée sans peine notre monde devenir ainsi… les personnages sont complexes, bien développés et attachants. J'ai été secouée par cette lecture comme ça m'est rarement arrivé. Je la conseillerai à ceux qui recherchent un livre profond, sombre, et surtout pas à ceux qui s'attendent à une lecture légère. C'est un livre à la fois horrifiant et magnifique et l'écriture poétique de Julianna Baggott permet de ressentir et vivre ce monde. Un coup de coeur.


Tome 2

Au départ, il fut difficile de se remettre dedans mais par la suite, plus question de lâcher ce livre. Le gros point fort reste l'écriture absolument merveilleuse, très poétique, qui permet de s'imaginer les scènes de désolation parfaitement. J'ai aussi un coup de coeur pour les personnages tout en complexité, très bien développés, surtout pour Pressia, Bradwell et El capitan. J'ai aussi aimé l'évolution de Lyda. L'histoire est bien entendu passionnante et j'ai hâte de lire la suite ! 
J'ai tout de même une petite préférence pour le premier tome, mais c'est surtout dû à la découverte de ce monde touchant, dur mais plein d'espoir.


Tome 3

Pour cette saga, il va être difficile d'écrire un commentaire car j'ai un triste et étrange sentiment de vide maintenant que je l'ai terminée. J'ai rarement lu une trilogie, d'autant plus dans le genre dystopique, aussi consistante. Le réalisme qui l'imprègne est effrayant, mais profondément touchant. Et pas seulement un réalisme dans le monde post-apocalyptique construit, ou dans l'évolution de l'histoire, mais aussi dans les personnages, qui sont incroyablement humains. Incroyablement réels. Et c'est de les quitter qui me serre le coeur.

Je peux dire que je suis surprise par leur évolution, surtout celle de Partridge. C'est dans ce livre qu'on se rend compte qu'il sont tous, mais en particulier lui, encore des enfants. Des enfants éprouvés par la vie, certes, mais des enfants tout de même : un peu perdus, sans personne pour les guider. Alors Partridge se raccroche à ce qu'il pense être le bien, sans jamais être certain de la direction à prendre. Il est censé être un dirigeant mais est dépassé par les événements. Et je ne me suis jamais autant identifiée à lui que dans ce livre : sa solitude, sa peur, ses doutes m'ont touchée profondément.
Parallèlement, Lynda est également terriblement touchante : enceinte, enfermée à nouveau dans un monde qui lui semble factice, rejetée et abandonnée de tous, elle aussi la solitude la ronge, ainsi que les doutes. Mais elle s'accroche à ce qu'elle est devenue : une Mère, une femme forte, une battante. Tout au long du livre, la fracture entre le monde d'où elle vient et celui où elle s'est découverte (le dehors) continue de s'agrandir, creusant un fossé au-dessus duquel elle se tient en un équilibre précaire.

Je peux le dire : ces deux personnages m'ont énormément plu, alors qu'au départ, j'avais un peu plus de mal à m'attacher à eux.

Quant à El Capitan et Helmud, Pressia, Bradwell… mon coup de coeur pour eux ne s'est que confirmé. J'ai du mal à trouver les mot pour les décrire tant Julianna Baggott est parvenue à les rendre complexes. 

L'écriture est toujours aussi belle, poétique, et le monde dans lequel ils vivent (que ce soit le dôme ou le dehors) toujours aussi dur.
L'histoire évolue dans un cours logique. La fin reste ouverte, ce qui laisse place à l'espoir mais n'écarte pas l'horreur. Dans l'esprit de ce roman, cela me parait juste, cohérent.

C'est une trilogie qui m'a noué les entrailles, qui m'a compressé le coeur, qui m'a étouffée : une saga qui m'a touchée comme seulement de rares l'ont faites. Elle parle d'humanité, d'espoir, de mort, de rêves. Elle parle de réalité. C'est beau et c'est atroce. C'est humain.
C'est nécessaire.


dimanche 4 juin 2017

Le club des petites filles mortes de Gudule

Le club des petites filles mortes

Editions : bragelonne (2008)
669 pages

Résumé : Il y a plus de vingt ans que Gudule tue des petites filles, dans ses ro mans. « C’est de ma propre enfance que je me débarrasse », nous assure-t-elle ; nous lui laissons, ainsi qu’à Freud qu’elle bouscule quelque peu, l’entière respon sabilité de ce propos.
Dans ce recueil, vous trouverez, outre un inédit : « Dancing Lolita », sept romans écrits entre 1995 et 1998 et publiés, pour la majorité d’entre eux, au Fleuve noir, dans la défunte collection « Frayeur » dirigée par Jean Rollin. 
Oyez, bonnes gens, le club des petites filles mortes ouvre ses portes. Au menu : sang frais, frisson, peurs bleues et nuits blanches à gogo. Avis aux amateurs !

Chronique

Il y avait longtemps que je ne m’étais pas pris une telle claque. Le club des petites filles mortes porte très bien son nom. C’est un recueil sur l’enfance, mais pas la rose, pas celle remplie de câlins, de peluches toutes douces et de mondes imaginaires colorés. C’est un recueil d’horreur sur l’enfance, ou plutôt sur l’horreur dans l’enfance. Les câlins y prennent la forme de coups de poing et les peluches et les mondes imaginaires servent à s’échapper de l’horreur du quotidien. Les petites filles ne sont pas épargnées au cours de ces huit novellas et nous non plus. Pour notre plus grand malheur ou bonheur ? Difficile à dire. J’ai rarement lu des récits aussi percutants et j’aime être touchée en plein ventre et plein cœur. On ne peut toutefois pas appeler ça une lecture plaisir.
Bien que le club des petites filles mortes n’ait pas été conçu en tant que recueil, la violence dans l’enfance y est abordée sous diverses formes, de manière éclectique : la pédophilie, la maltraitance, la perte des parents, le harcèlement scolaire, mais aussi le désir de la jeunesse et le refus de la vieillesse. Tout est traité avec beaucoup de justesse, sans manichéisme. Les enfants peuvent être cruels, peuvent subir la cruauté, et peuvent même blesser à leur tour d’autres enfants après l’avoir été eux-mêmes. Certains textes m’ont tordu les tripes, m’ont donné envie de pleurer, m’ont révoltée, m’ont mise mal à l’aise ou tout cela à la fois. Mais aucun ne m’a laissée indifférente.

J’ai particulièrement aimé « dancing lolita », absolument brillant dans son ambiguïté et totalement transgressif. Non seulement l’idée de base est terrifiante, malsaine et horriblement crédible, mais son traitement est époustouflant. Noir, tout est noir dans cet univers où les petites filles sont des grands-mères qui se prostituent pour rester jeunes en apparence. Une entrée en matière qui donne le ton.
De même, « repas éternel » est une nouvelle d’anticipation très dure, qui flirte avec le post-apocalyptique où la société est en ruine, le réchauffement et la surpopulation ont fait des ravages et des solutions ont dû être trouvées. Mais ce monde est-il si différent du nôtre ? Pas dans le reflet trouble que nous renvoie cette lutte des classes et la manière de gérer une hiérarchie graduelle dans l’horreur. Un petit air de 1984, mais en plus frontal encore. Comme pour « dancing lolita », Gudule va jusqu’au bout de ses idées, les développe et leur donne une cohérence et une crédibilité qui fait froid dans le dos. Voilà la conclusion d’un recueil percutant de bout en bout.

Outre ces deux textes d’une puissance qui m’a coupé le souffle, j’ai adoré « la petite fille aux araignées » et « une petite chanson dans la pénombre ». Pourtant, pour le premier, ce n’était pas gagné : je ne suis pas particulièrement fan des araignées (et c’est un euphémisme), alors l’histoire d’une gamine qui élève les araignées ? Beurk. Sauf que ça ne s’arrête pas là. Cette novella m’a beaucoup touchée par son héroïne à la détresse palpable et à la naïveté enfantine qui lui donne l’espoir de retrouver sa mère. L’intrigue est originale, bien ficelée et terriblement bien écrite. Il faut avoir un cœur de pierre pour ne pas avoir envie de protéger cette gamine, victime de la peur de vieillir des grandes personnes. Ou plutôt, d’une grande personne. Alors elle va à son tour se laisser prendre au rêve de retourner en arrière et retrouver ce que l’on a perdu. Pour « une petite chanson dans la pénombre », on est confronté assez rapidement à l’horreur. Comment ne pas être touché par cette petite fille qui voudrait retrouver la vie qu’on lui a volée ? Mais par ce désir, ne risque-t-elle pas de se transformer à son tour en bourreau ? Encore un texte qui prend aux tripes et serre le cœur, car il dépeint si bien l’enfance, avec ses fêtes foraines et son imaginaire coloré, interrompue brutalement pour ne laisser place qu’à un désert sec et mort.

« Entre chien et louve » et « mon âme est une porcherie » sont deux novellas excellentes, qui m’ont mise particulièrement mal à l’aise. Dans la première, nous découvrons une vieille femme, déracinée et emmenée loin de son pays et de sa famille, qui a vécu exclue et perdu ses rêves d’enfant. Son ex-mari, réincarné après sa mort dans le corps d’un chien, découvre peu à peu la réalité de la vie de sa femme, alors qu’il pensait qu’elle était heureuse. Un récit troublant, car on navigue dans les souvenirs d’un homme tombé amoureux d’une petite fille. Et alors qu’il semble aimer sa femme, il ne la connaît au final pas et ne lui a montré que peu de considération (avoir des enfants avec une noire ? Impensable pour lui). C’est un texte très intime.
Avec « mon âme est une porcherie », on suit une petite fille rejetée par les autres, qui tombe amoureuse d’un cochon en peluche et lui prête des pouvoirs magiques, et orgasmiques. Comme dans le précédent texte, il y a quelque chose de très malsain dans cette histoire, et la souffrance et déchéance du personnage principal est difficile à accompagner.

La « baby sitter » est construit à partir des contes de l’enfance qui se mélangent à la réalité pour n’en former plus qu’une matérialité terrifiante. Un huis clos glaçant, à la montée d’horreur progressive, parfaitement maîtrisé.
Finalement, que serait un recueil sur l’enfance sans en aborder un de ses aspects les plus intrinsèquement cruels, celui qui nous montre que les enfants ne sont pas toujours innocents : le harcèlement scolaire ? Gargouille, bien qu’un peu plus classique que les autres novellas, traite du sujet avec un mélange de fantastique et d’horreur bien frontale, en nous dépeignant l’univers clos oppressant d’un couvent.

Pour les amateurs d’horreur, le club des petites filles mortes n’est à manquer sous aucun prétexte. Pour les autres non plus. Un ensemble de textes d’une telle qualité, avec une telle consistance et une telle maîtrise, mêlant poésie et horreur, exposant l’atrocité d’une manière aussi frontale, ça ne court pas les rues. Ni les librairies. Ni nulle part ailleurs.



dimanche 4 septembre 2016

Zone cinglée de Kaoutar Harchi

Zone cinglée

Editions : Sarbacane (2009)
190 pages

RésuméDans la " zone cinglée " de la Cité, les Mères règnent en maîtres. Lasses de pleurer leurs fils consumés par les lumières de la Ville-Centre, elles se jettent à corps perdu dans une étrange Cause : créer une armée d'enfants pour empêcher le souvenir des morts de hanter les vivants. Taârouk, 26 ans, balaye les folies qui l'entourent - celle des Mères folles de la Cité -, celle de sa propre mère défunte, celle de son frère " mangeur d'haltères " dont le seul rêve est d'être un poster. Une nuit, il brave le tabou suprême en pénétrant dans la cave : un lieu libre, à la frontière de la Cité et de la Ville-Centre, où les deux mondes entre parfois en collision...




Chronique


Zone cinglée m’a été recommandé par plusieurs personnes de mon entourage. Ecrit par Kaoutar Harchi, une jeune écrivaine originaire de Strabourg ayant fait un doctorat de sociologie, ma curiosité a été piquée à vif. D’autant plus que le livre est court, et rapidement dévoré.

Kaoutar Harchi a créé un univers naviguant entre les limites du fantastique et de la réalité brutale. Le fantastique introduit dans l’histoire se rapproche d’une métaphore de cette réalité. Le fantastique révèle la réalité, permet de l’exprimer.
Ceux qui m’ont recommandé le livre m’ont dit que, même si l’auteure ne l’évoque jamais clairement, l’Elsau est tout à fait reconnaissable dans les descriptions. Je ne saurais le confirmer, mais je pense que Kaoutar Harchi a réussi à saisir quelque chose de la cité, et à l’imprégner dans son texte. Il ne s’agit pas forcément du sujet qui va me toucher le plus, à un niveau personnel, mais c’est incontestablement un sujet qui mérite d’être évoqué et qui n’est que trop peu présent dans la littérature. L’auteure répare ce tort avec brio, et avec grâce, surtout. Avec sensibilité et brutalité, tout à la fois.
Ce livre est un voyage dans un monde inconnu, qui touche à l’hallucination. Aux songes. À la poésie, incontestablement. C’est noir et c’est lumineux.

L’écriture de Kaoutar Harchi est unique. On me l’avait vantée. Je ne peux que confirmer : à 23 ans seulement, elle écrit comme personne. Elle possède son univers, ses mots, sa façon de les agencer. Un style inimitable, car il possède la brutalité, la sécheresse, le tranchant, mais aussi un rythme et des images absolument envoûtants. Et terriblement beaux. C’est de la poésie en prose.

C’est un livre à découvrir, pour l’écriture principalement et pour cet univers original. Aucun autre livre ne ressemble à celui-là, et c’est déjà quelque chose de très fort.


dimanche 19 juin 2016

Phobos : origines de Victor Dixen

Phobos : origines

Editions : Robert Laffont (2016)
300 pages

Résumé : SIX PIONNIERS EN APPARENCE IRRÉPROCHABLES.
SIX JEUNES TERRIENS RONGÉS PAR LEURS SECRETS.
SIX DOSSIERS INTERDITS, QUI AURAIENT DÛ LE RESTER.

ILS INCARNENT L’AVENIR DE L’HUMANITÉ.
Six garçons doivent être sélectionnés pour le programme Genesis, l’émission de speed-dating la plus folle de l’Histoire, destinée à fonder la première colonie humaine sur Mars.
Les élus seront choisis parmi des millions de candidats pour leurs compétences, leur courage et, bien sûr, leur potentiel de séduction.

ILS DISSIMULENT UN LOURD PASSÉ.
Le courage suffit-il pour partir en aller simple vers un monde inconnu?
La peur, la culpabilité ou la folie ne sont-elles pas plus puissantes encore?
Le programme Genesis a-t-il dit toute la vérité aux spectateurs sur les « héros de l’espace »?

ILS DOIVENT FAIRE LE CHOIX DE LEUR VIE,
AVANT QU'IL SOIT TROP TARD.



Chronique


Procuré aux Imaginales, dédicacé avec en prime une rencontre de l’auteur lors d’un déjeuner, je me suis immédiatement plongée dans ce tome. Je ne suis généralement pas très fan des histoires subsidiaires, mais là je dois dire que celle-ci est non seulement bien faite, mais nécessaire à la série. Elle apporte des informations qui vont à coup sûr influer la suite de l’histoire, et permet de connaître les personnages auxquels il manquait un peu de développement. Pour ceux qui ont apprécié les premiers tomes, je ne saurais que recommander celui-ci.

Nous suivons donc le processus de sélection selon le point de vue de chaque candidat. L’histoire de Mozart, si je l’attendais impatiemment car je pressentais certaines révélations, m’a satisfaite. Même si n’étant pas la surprenante des six, elle m’a permis de comprendre et m’attacher à un personnage qui me rendait surtout méfiante jusqu’à présent. Celle d’Alexei m’a faite un peu le même effet : il était intéressant de connaître mieux ce personnage, même si son histoire était sous-entendue dans les tomes précédents et donc moins surprenante.

Mes récits préférés demeurent tout de même ceux de Tao et Samson, personnages peu développés dans les tomes 1 et 2 (ce qui est expliqué par le nombre important de personnages dans ces romans), et qui se révèlent complètement ici. Leur histoire est très touchante, et j’ai vraiment adoré les découvrir. Je ne les percevrai plus de la même façon par la suite.

Celles de Kenji et Marcus se sont révélées également passionnantes. Les six sont de grande qualité et apportent des éléments nouveaux et indispensables pour la suite. J’attends celle-ci avec une grande impatience, surtout que les ingrédients de prochains drames et rebondissements ont été disséminés dans ce tome.


samedi 6 février 2016

1984 de George Orwell

1984

Edition : Folio (1985)
439 pages
1ère édition : Gallimard (1950)

Résumé : De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. Il y en avait un sur le mur d'en face. 

BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de WINSTON... Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C'était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. 

Mais les patrouilles n'avaient pas d'importance.
Seule comptait la Police de la Pensée.



Chronique


S'il y a bien un livre que je suis heureuse d'avoir lu, c'est celui-là. Ces derniers temps, j'ai eu tendance à trouver certaines lectures vaines, inconsistantes : le fameux vite lu, vite oublié ! Et j'en suis ressortie parfois frustrée, ne trouvant pas ce que je cherchais dans mes lectures. 1984 a été un remède on ne peut plus efficace, car ces qualificatifs ne peuvent assurément pas lui être imputés.


1984, ce n'est pas qu'un roman qui ouvre la réflexion sur de nombreux sujets intéressants, et vitaux : la place de l'histoire dans la société, la nécessité des mots pour construire une pensée (je ne m'étendrai pas là-dessus, de nombreuses personnes ayant développé cet aspect bien mieux que je n'en aurais été capable) et donc une opposition, l'horreur de la surveillance (qui ne peut que nous amener à se poser la question des dérives éventuelles de certaines pratiques actuelles)… c'est aussi un roman implacable, noir, dans lequel on voit notre héros se débattre dans une tentative de sauvegarde de son identité, plus que de rébellion, qui laisse un goût d'inéluctable. C'est un livre effrayant, qui présente un monde où la solitude est étouffante, où l'abrutissement est la seule solution pour ne pas se faire écraser par la mécanique inexorable d'une société invulnérable. Chaque espoir est broyé, un à un, jusqu'à cette excellente mais terrible fin. C'est un roman de SF, mais c'est aussi un roman d'horreur. J'en ai fais des cauchemars plusieurs soirs de suite, et son étrange atmosphère ainsi que les questions qu'il soulève ne m'ont plus quittée. C'est le livre du genre qui m'aura le plus marquée jusqu'à présent.


mardi 26 janvier 2016

Phobos de Victor Dixen

Phobos : tome 1 & 2

Edition : Robert Laffont (2015)
Tome 1 : 433 pages
Tome 2 : 490 pages

RésuméSix prétendantes d’un côté. Six prétendants de l’autre. Six minutes pour se rencontrer. L’éternité pour s’aimer. Ils sont six filles et six garçons, dans les deux compartiments séparés d’un même vaisseau spatial. Ils ont six minutes chaque semaine pour se séduire et se choisir, sous l’œil des caméras embarquées. Ils sont les prétendants du programme Genesis, l’émission de speed-dating la plus folle de l’Histoire, destinée à créer la première colonie humaine sur Mars. Léonor, orpheline de dix-huit ans, est l’une des six élues. Elle a signé pour la gloire. Elle a signé pour l’amour. Elle a signé pour un aller sans retour. Même si le rêve vire au cauchemar, il est trop tard pour regretter.


Chronique

Phobos m'a surprise dans le bon sens du terme, car il a vraiment su m'embarquer dans son voyage pour Mars. J'ai lu les deux premiers tomes en trois jours, ce qui ne m'arrive plus très souvent (études en cause). Je vais donc donner mon avis sur les deux tomes en une seule chronique. Toutefois, malgré ses solides atouts, quelques points m'ont empêchée de le considérer comme un coup de cœur.

Pour commencer avec les atouts, son principal est son héroïne. L'histoire de Léonor est touchante, et elle a une personnalité très attachante : à la fois battante et fragile, cachant ses failles au monde entier et ayant peur de s'ouvrir aux autres, de se rendre vulnérable. Elle a une armure solide qui dissimule des failles très profondes.
L'auteur a soigné ses personnages adolescents, de façon générale. La plupart n'ont pas eu une vie facile, au contraire, ce qui leur donne une dimension intéressante, malgré un certain manque de développement parfois. Les personnages sont nombreux, et j'ai regretté de ne pas en connaître plus amplement certains. Toutefois, le deuxième tome développe des personnages laissés de côté dans le premier, et j'espère que le troisième continuera dans cette voie. Le mystère laissé autour de certains est, à mon humble avis, un des ingrédients déterminants de la réussite de l'intrigue, car ainsi la surprise est au rendez-vous : et surprise, il y a ! Je peux le garantir.

(spoilers) Ainsi, le passé de Mozart me semble encore trouble, et les éléments apparus dans le tome 2 : ses exactions avec Harmony, la fille de Serena, laissent penser à un caractère plus trouble que ce qu'il nous a montré jusqu'à présent. Sa personnalité trop douce m'avait jusqu'alors parue peu crédible, et je pensais à une erreur de l'auteur. Après tout, il était un membre du gang le plus violent du plus affreux bidonville de Rio. Mais avec les nouvelles informations, je me demande s'il n'a pas caché son jeu. Il disait vouloir échapper à son gang, ce qui n'était possible que s'il s'éloignait de la terre, pour ne pas être tué par le poison relié à son système nerveux. Mais avant d'être embarqué pour Mars, il a été entraîné pendant un an : durant ce temps-là, son gang a forcément remarqué son absence. Il aurait donc dû mourir puisqu'il restait dans le périmètre d'atteinte du dispositif. Or, le fait qu'il ait transmis de la drogue à Harmony laisse penser qu'il était sûrement en contact avec son gang à ce moment-là, donc il n'a probablement pas été totalement honnête.
Quant à Alexeï, son passé reste mystérieux, mais on découvre de plus en plus sa personnalité, et il m'est de plus en plus antipathique. À mon avis, il n'a pas fini de poser problème. (fin des spoilers)

L'intrigue est originale et bien ficelée. Elle tient en haleine, reste crédible malgré la démesure de l'idée. Les détails concernant Mars et l'astronomie semblent reposer sur des bases solides et y font pour beaucoup. La romance prend une place satisfaisante, pas trop encombrante dans l'intrigue, qui sait s'en éloigner pour développer d'autres aspects. Le deuxième tome m'a semblé un peu plus long dans sa partie centrale, mais c'était nécessaire. Il fallait le temps de poser les bases. La dernière partie rattrape cela facilement, avec un rythme effréné, où les révélations et les retournements de situation s'enchaînent. Il est dès lors impossible de reposer le livre avant de l'avoir terminé (même si on est au milieu de la nuit, en pleine période d'examens : je tiens donc à maudire l'auteur). Et là… et là, je peux maudire à nouveau Victor Dixen, parce qu'il maitrise parfaitement le cliffhanger : il nous a torturé avec une fin au suspense atroce avec le premier tome, m'obligeant ainsi à commencer le deuxième immédiatement… mais celle du deuxième est pire encore ! Et le troisième n'est pas pour tout de suite, ce qui est affreusement sadique. Dormir après cette fin ? Il faut au moins attendre une à deux heures pour se calmer…
J'attends donc le troisième tome avec une grande impatience, qui va probablement être riche au vu du nombre d'éléments laissés en jachère.

Maintenant, bien que certains défauts du premier tome aient été corrigés dans le deuxième, ce qui démontre la qualité de la série, mon bémol se situerait principalement au niveau des personnages adultes. Ils manquent parfois  de crédibilité, leurs réactions confinant à celles que des adolescents auraient pu avoir plutôt que de personnalités fortes au sein d'organisation mondialement reconnues. C'est dans cet aspect que le côté « jeunesse » du livre est le plus marquant. Le manque de développement de certains personnages m'a aussi titillée mais c'est globalement justifié.

Pour ceux qui veulent s'évader, vivre une aventure passionnante dans l'espace ; pour ceux qui aiment la littérature jeunesse et/ou les dystopies, c'est une série que je conseille. Son originalité, ses cliffhangers atroces et ses personnages attachants en font un très bon moment de lecture, qui permet de déconnecter.


mercredi 20 janvier 2016

Stéphane de Vincent Villeminot


Stéphane

Edition : Nathan (2015)
383 pages

RésuméCela fait 10 jours que le virus U4 accomplit ses ravages. Plus de 90% de la population mondiale est décimée. les seuls survivants sont des adolescents. L’électricité et l’eau potable commencent à manquer, tous les réseaux de communication s’éteignent. Dans ce monde dévasté, Koridwen, Yannis, Jules et Stéphane se rendent, sans se connaître, à un même rendez-vous. Parviendront-ils à survivre, et pourront-ils changer le cours des choses ? 

Stéphane est la fille d'un célèbre épidémiologiste lyonnais. Convaincue qu'il a survécu à l'épidémie, elle ne veut pas rejoindre le groupe d'adolescents qui s'organisent pour survivre. Si son père ne revient pas ou si les pillards qui contrôlent le quartier arrivent avant lui, son dernier espoir résidera dans un rendez-vous fixé à Paris.

Chronique


J'étais très curieuse à l'idée de découvrir ce nouveau phénomène, et je n'ai pas été déçue !


Vincent Villeminot a créé un univers très cohérent et réaliste, donc dur et sans concession. Mais la grande qualité du livre tient surtout à ses personnages nuancés, très humains, surtout celui de Stéphane, que j'ai adoré.


Bien entendu, au niveau de l'intrigue, il ne faut pas s'attendre à de l'originalité. Mais quand c'est bien fait, il n'y a pas toujours besoin de renouveler le genre pour trouver satisfaction à sa lecture. Or là, les explications scientifiques qui jalonnent le livre, ainsi que les réactions, l'évolution des personnages et des survivants en général (avec la tentative d'instaurer de la stabilité par la force et la domination) m'ont parues tout à fait crédibles. L'écriture nerveuse, concise crée un rythme, alors même que l'auteur parvient à instaurer une ambiance lourde, sombre.


Il s'agit plus d'un récit initiatique, dans lequel on suit l'évolution des personnages, on les voit se débattre dans leurs espoirs, leurs peurs, leurs difficultés, leurs fantômes personnels, cherchant parfois à alléger leur fardeau en le partageant avec d'autres, trop alourdis par le leur pour pouvoir le supporter. Certains sujets sur la société, très d'actualité, sont aussi traités avec beaucoup de justesse : l'acceptation de l'autre (avec les réfugiés notamment), la peur de l'autre, la liberté individuelle etc.


J'ai adoré le personnage de Stéphane : on découvre une jeune femme indépendante, solitaire, trop opiniâtre pour se tourner vers les autres, mais surtout trop effrayée d'exposer sa vulnérabilité. On découvre aussi une petite fille qui s'accroche à l'espoir de rejoindre sa famille, qui espère et attend que son père vienne tout arranger, alors même qu'il l'a abandonnée. Sa grande difficulté à faire confiance aux autres sera à la fois sa force et sa faiblesse, la mettant en danger parfois, l'isolant, mais lui servant aussi à se protéger et à protéger ceux qui ont réussi à la gagner. Stéphane est toujours en lutte, en colère, mais elle trouvera en Alex et Yannis des personnes capables de la comprendre. Elle est également toujours prête à agir, à prendre les choses en main, voir à se les salir.


(Attention spoilers) Le personnage d'Alex est aussi un magnifique portrait, sa plongée dans la folie est très touchante à suivre. Il se débat avec sa culpabilité, son désir de bien-faire poussé à l'extrême, l'entraînant toujours plus bas. C'est aussi un personnage en lutte constante avec lui-même et les autres.
L'amitié entre Yannis et Stéphane m'a parue un peu étrange, surtout son attirance envers lui : ces deux personnages me semblent presque à l'opposé, vraiment différents. Son attitude pacifique, voire apaisante, m'a souvent agacée. Mais j'imagine qu'elle permettait l'apaisement de ce feu qui couvait en Stéphane. Alex lui était bien plus semblable, mais il lui fallait peut-être justement quelqu'un de différent. D'ailleurs, son attitude à la fin, au sauvetage de Stéphane, m'a beaucoup plue. J'ai hâte de lire son point de vue sur l'histoire. (Fin spoilers)



Koridwen et Jules m'ont moins emballée : j'ai trouvé la première trop froide et le second un peu trop gentil. Mais je leur laisserais probablement leur chance.


Je remercie Babelio et les éditions Nathan pour la découverte de ce livre, que j'ai trouvé humain, crédible, et qui a su me toucher par ses personnages très vivants.