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mardi 11 juillet 2017

Seppuku de Romain d'Huissier

Seppuku

Editions : TRASH (2015)
150 pages

Résumé : Le japon des samurai. Des démons aux tentacules fouisseurs souillent les lieux saints , profanent les vierges et écartèlent les paysans. Seul un homme comme Kurogane peut se dresser sur leur route et tenter de contrecarrer leurs funestes plans. Mais Kurogane est - il encore un homme ?

Chronique

Seppuku est un roman d’aventure bien ficelé, une histoire de quête et de vengeance, parsemée d’ennemis effroyables et saupoudrée de mythe et de magie. L’avantage, lorsqu’on lit du TRASH, c’est que le dénouement n’est pas connu d’avance : tout peut arriver, et surtout le pire. C’est peut-être ce qui manque habituellement dans les livres d’aventure, qui voient la plupart du temps leur héros atteindre leur but. Seppuku prend donc le meilleur de chaque genre et en fait un croisement (un peu) monstrueux mais efficace. Les héros sont attachants, le background est solide, captivant sans être démonstratif, demeurant accessible. La grande force du récit est de mêler une ambiance nippone parfaitement retranscrite à des scènes gores graphiques, de façon à ce que ces deux aspects se nourrissent mutuellement.
Un TRASH qui permet donc à la collection de démontrer une fois de plus sa diversité et l’amène dans d’autres horizons, avec toujours une écriture solide et une intrigue de bonne facture.


lundi 12 juin 2017

Bloodfist de Schweinhund

Bloodfist

Editions : TRASH (2013)
150 pages

Résumé : Bloodfist traite de la notion de confrontation. Il y a des filles faciles-femmes fatales, un gourou de banlieue, des pratiques sexuelles extrêmes, et deux types souffrant - ou pas - d'hallucinations qui traînent dans les caves. Comment tout cela pourrait-il finir autrement qu'en boucherie ?
Extrait : L'homme-seringue s'entrouvre, il a une haleine de poubelle, sa langue est une aiguille qui s'insinue entre mes lèvres... Alors je serre les dents de toutes mes forces, je mords jusqu'à ce que j'entende un hurlement, je serre et serre encore... Il y a du sang dans ma bouche, je mords de plus en plus fort, mes dents tranchent quelques chose de grumeleux que je crache aussitôt dans l'égout.

Chronique

La comparaison va être étrange, mais pourquoi pas ? Après tout, c'est un livre étrange. Ce qui me vient en tête après avoir lu Bloodfist, c'est la théorie de la forme (aussi appelée Gestalt théorie). Ce livre, c'est une sorte d'entité. Chaque détail est important mais il y a une force d'évocation inhérente au livre lui-même qui relève de l'inexplicable, presque de la magie. Des images à la fois belles et dérangeantes se succèdent parfois sans « logique » mais pourtant, elles trouvent leur place juste au sein de ce récit. Celui-ci navigue entre analyse et instinct avec juste la bonne dose pour être embarqué dans ce cauchemar éveillé.
Les parties hallucinations rappellent bien évidemment du Lynch, je pense surtout au passage « théâtre » dans le bar qui m'a fortement évoqué Mulholland Drive. Certaines images sont vraiment très évocatrices (le chien dans l'eau, le passage dans la mer). 
Une autre grande force de ce roman, ce sont les personnages tout en nuances. Il n'y a pas de délimitation manichéenne. Au contraire, il n'y a justement pas de repères. On suit donc ces personnages que nous comprenons sans les comprendre, qui nous sont à la fois proches et éloignés. On est dans les pensées du personnage principal sans que celles-ci ne soient expliquées ou explicitées. Tout est ambigu dans ce roman, jusqu'à notre propre ressenti.
Ce livre est donc un ensemble, qui ne peut être réduit à une succession de détails, de mots, d'idées. Comme une mélodie, sa musique parvient à toucher, à saisir les émotions à un niveau viscéral où le sens n'a plus tellement d'importance. Bloodfist se ressent plus qu'il ne se comprend. 
Certains l'ont très justement qualifié de gore psychanalytique, philosophique... je rajouterai même que c'est un gore musical. Emotionnel.


Night Stalker de Zaroff

Night Stalker

Editions : TRASH (2014)
150 pages

Résumé : Californie, été 1984. Une série de crimes démoniaques. Un shérif désabusé, un adjoint adepte de la branlette salée, un irlandais à la gâchette facile et un profiler ultra-brite. Le tout pendant que la pornstar Ginger Lynn s’adonne à des actes que la morale réprouve sur fond d’ACDC. Hey, Satan, j’ai payé ce que je dois…





Chronique

Encore un trash qui mérite bien son nom. 
Le découpage selon les personnages amène un rythme entraînant. Les pages tournent toutes seules. 
Certains passages sont vraiment dérangeants. Il n'y a pas de distanciation, on vit les horreurs que commet le Night Stalker en même temps que lui, ce qui provoque un certain malaise. 
Bien que le roman soit court, j'ai trouvé les personnages assez fouillés et consistants. Le shérif et le profiler sont d'ailleurs tout de suite attachants. Le maire et son neveu sont particulièrement agaçants. L'irlandais est vraiment drôle. 
Les scènes de meurtres, souvent présentées du point de vue de la nouvelle victime, m'ont fait penser dans leur construction à du James Herbert. L'ambiance, elle, m'a vraiment rappelé un livre de Shaun Hutson (come the night). D'ailleurs, on ressent vraiment bien cette Californie des années 80. 
Certaines références m'ont vraiment fait sourire (le passage avec Nécrorian, l'agent Clarice Starling). 
Le final est à la hauteur du reste du livre. Une parfaite conclusion. 
Bref, une vraie réussite. J'ai adoré !


Nuit Noire de Christophe Siébert

Nuit Noire

Editions : TRASH (2014)
150 pages

Résumé : Nuit Noire est l’histoire d’un type qui aime beaucoup sa mère et découpe des femmes en morceaux, d’un autre type qui se réveille en pleine nuit sur une route de cambrousse et peine un peu à reconstituer les événements, de leur éventuelle rencontre. Il y a là-dedans beaucoup de sang et de viande, quelques larmes, deux ou trois suicides et des tentatives mystiques légèrement foireuses. Nuit Noire est un bouquin d’horreur. Il est difficile d’affirmer, après coup, que tout ça a terminé bien ou mal.

Chronique

C'est un récit vraiment happant. On pourrait croire que la lecture serait difficile, rebutante, et à un certain niveau c'est le cas, pourtant les pages se tournent toutes seules, on ne peut s'empêcher de lire la suite. Ce qui est étrange, c'est que c'est finalement le début qui m'a le plus noué les tripes alors que ce n'est pas forcément le passage le plus gore du livre (il n'en reste pas moins violent). Ce livre est une plongée brutale, sans concession, dans la psyché d'un homme dérangé. Et c'est tellement réussi que les horreurs commises ne m'ont plus parues comme telles : dans son monde, elles sont normales. Et d'une certaine façon, au cours de la lecture, ça le devient aussi. C'est une immersion totale, et à travers son récit d'une violence très crue mais contée d'un ton plutôt neutre, descriptif (contraste intéressant), j'ai été touchée par le personnage. J'y ai perçu de la solitude et de la souffrance.

Il y a aussi la question de l'animalité qui imprègne le récit, avec l'obsession des fluides corporels et de la mort qui s'entremêlent. Ce qui m'a amené à des réflexions sur l'enfance : la plupart des enfants ont ce genre d'attirance qui diminue avec le temps et l'éducation. Mais quand celle-ci est inexistante et même malsaine, cela apparaît comme logique que certaines attirances finissent par devenir obsédantes. L'historique final montre que chacun trouve sa façon d'affronter et vivre avec les horreurs qu'il a subit, généralement en infligeant de la souffrance à son tour. Néanmoins, ce roman n'a pas pour vocation de répondre à l'éternelle question de l'inné et de l'acquis, mais seulement de suivre, partager l'existence d'un homme, à travers sa violence et ses obsessions. C'est un récit horrible, mais aussi touchant à sa façon.


dimanche 4 juin 2017

Le club des petites filles mortes de Gudule

Le club des petites filles mortes

Editions : bragelonne (2008)
669 pages

Résumé : Il y a plus de vingt ans que Gudule tue des petites filles, dans ses ro mans. « C’est de ma propre enfance que je me débarrasse », nous assure-t-elle ; nous lui laissons, ainsi qu’à Freud qu’elle bouscule quelque peu, l’entière respon sabilité de ce propos.
Dans ce recueil, vous trouverez, outre un inédit : « Dancing Lolita », sept romans écrits entre 1995 et 1998 et publiés, pour la majorité d’entre eux, au Fleuve noir, dans la défunte collection « Frayeur » dirigée par Jean Rollin. 
Oyez, bonnes gens, le club des petites filles mortes ouvre ses portes. Au menu : sang frais, frisson, peurs bleues et nuits blanches à gogo. Avis aux amateurs !

Chronique

Il y avait longtemps que je ne m’étais pas pris une telle claque. Le club des petites filles mortes porte très bien son nom. C’est un recueil sur l’enfance, mais pas la rose, pas celle remplie de câlins, de peluches toutes douces et de mondes imaginaires colorés. C’est un recueil d’horreur sur l’enfance, ou plutôt sur l’horreur dans l’enfance. Les câlins y prennent la forme de coups de poing et les peluches et les mondes imaginaires servent à s’échapper de l’horreur du quotidien. Les petites filles ne sont pas épargnées au cours de ces huit novellas et nous non plus. Pour notre plus grand malheur ou bonheur ? Difficile à dire. J’ai rarement lu des récits aussi percutants et j’aime être touchée en plein ventre et plein cœur. On ne peut toutefois pas appeler ça une lecture plaisir.
Bien que le club des petites filles mortes n’ait pas été conçu en tant que recueil, la violence dans l’enfance y est abordée sous diverses formes, de manière éclectique : la pédophilie, la maltraitance, la perte des parents, le harcèlement scolaire, mais aussi le désir de la jeunesse et le refus de la vieillesse. Tout est traité avec beaucoup de justesse, sans manichéisme. Les enfants peuvent être cruels, peuvent subir la cruauté, et peuvent même blesser à leur tour d’autres enfants après l’avoir été eux-mêmes. Certains textes m’ont tordu les tripes, m’ont donné envie de pleurer, m’ont révoltée, m’ont mise mal à l’aise ou tout cela à la fois. Mais aucun ne m’a laissée indifférente.

J’ai particulièrement aimé « dancing lolita », absolument brillant dans son ambiguïté et totalement transgressif. Non seulement l’idée de base est terrifiante, malsaine et horriblement crédible, mais son traitement est époustouflant. Noir, tout est noir dans cet univers où les petites filles sont des grands-mères qui se prostituent pour rester jeunes en apparence. Une entrée en matière qui donne le ton.
De même, « repas éternel » est une nouvelle d’anticipation très dure, qui flirte avec le post-apocalyptique où la société est en ruine, le réchauffement et la surpopulation ont fait des ravages et des solutions ont dû être trouvées. Mais ce monde est-il si différent du nôtre ? Pas dans le reflet trouble que nous renvoie cette lutte des classes et la manière de gérer une hiérarchie graduelle dans l’horreur. Un petit air de 1984, mais en plus frontal encore. Comme pour « dancing lolita », Gudule va jusqu’au bout de ses idées, les développe et leur donne une cohérence et une crédibilité qui fait froid dans le dos. Voilà la conclusion d’un recueil percutant de bout en bout.

Outre ces deux textes d’une puissance qui m’a coupé le souffle, j’ai adoré « la petite fille aux araignées » et « une petite chanson dans la pénombre ». Pourtant, pour le premier, ce n’était pas gagné : je ne suis pas particulièrement fan des araignées (et c’est un euphémisme), alors l’histoire d’une gamine qui élève les araignées ? Beurk. Sauf que ça ne s’arrête pas là. Cette novella m’a beaucoup touchée par son héroïne à la détresse palpable et à la naïveté enfantine qui lui donne l’espoir de retrouver sa mère. L’intrigue est originale, bien ficelée et terriblement bien écrite. Il faut avoir un cœur de pierre pour ne pas avoir envie de protéger cette gamine, victime de la peur de vieillir des grandes personnes. Ou plutôt, d’une grande personne. Alors elle va à son tour se laisser prendre au rêve de retourner en arrière et retrouver ce que l’on a perdu. Pour « une petite chanson dans la pénombre », on est confronté assez rapidement à l’horreur. Comment ne pas être touché par cette petite fille qui voudrait retrouver la vie qu’on lui a volée ? Mais par ce désir, ne risque-t-elle pas de se transformer à son tour en bourreau ? Encore un texte qui prend aux tripes et serre le cœur, car il dépeint si bien l’enfance, avec ses fêtes foraines et son imaginaire coloré, interrompue brutalement pour ne laisser place qu’à un désert sec et mort.

« Entre chien et louve » et « mon âme est une porcherie » sont deux novellas excellentes, qui m’ont mise particulièrement mal à l’aise. Dans la première, nous découvrons une vieille femme, déracinée et emmenée loin de son pays et de sa famille, qui a vécu exclue et perdu ses rêves d’enfant. Son ex-mari, réincarné après sa mort dans le corps d’un chien, découvre peu à peu la réalité de la vie de sa femme, alors qu’il pensait qu’elle était heureuse. Un récit troublant, car on navigue dans les souvenirs d’un homme tombé amoureux d’une petite fille. Et alors qu’il semble aimer sa femme, il ne la connaît au final pas et ne lui a montré que peu de considération (avoir des enfants avec une noire ? Impensable pour lui). C’est un texte très intime.
Avec « mon âme est une porcherie », on suit une petite fille rejetée par les autres, qui tombe amoureuse d’un cochon en peluche et lui prête des pouvoirs magiques, et orgasmiques. Comme dans le précédent texte, il y a quelque chose de très malsain dans cette histoire, et la souffrance et déchéance du personnage principal est difficile à accompagner.

La « baby sitter » est construit à partir des contes de l’enfance qui se mélangent à la réalité pour n’en former plus qu’une matérialité terrifiante. Un huis clos glaçant, à la montée d’horreur progressive, parfaitement maîtrisé.
Finalement, que serait un recueil sur l’enfance sans en aborder un de ses aspects les plus intrinsèquement cruels, celui qui nous montre que les enfants ne sont pas toujours innocents : le harcèlement scolaire ? Gargouille, bien qu’un peu plus classique que les autres novellas, traite du sujet avec un mélange de fantastique et d’horreur bien frontale, en nous dépeignant l’univers clos oppressant d’un couvent.

Pour les amateurs d’horreur, le club des petites filles mortes n’est à manquer sous aucun prétexte. Pour les autres non plus. Un ensemble de textes d’une telle qualité, avec une telle consistance et une telle maîtrise, mêlant poésie et horreur, exposant l’atrocité d’une manière aussi frontale, ça ne court pas les rues. Ni les librairies. Ni nulle part ailleurs.



mercredi 15 mars 2017

Heca-Tomb de Zaroff

Heca-Tomb

Editions : Zone 52 (2017)
111 pages

Résumé : Une mystérieuse boutique apparaît à Quarantine, petite ville enclavée entre Salem et Blend, dans l'Oregon. Intéressé par ce que propose l'énigmatique vendeur, Billy, jeune outcast du coin et premier client de l'échoppe Heca-Tomb, ne se doute pas encore que le disque qui lui a été offert en guise bienvenue amorcera un déferlement de crimes sauvages qui troublera la quiétude de sa petite ville.
Dans un récit à prendre comme une sorte d'hommage à Bazaar de Stephen King, revu et corrigé dans une version porno gore hallucinante, l'auteur décrit des violences extrêmes dans un style brutal et sans concession. Plus qu'une ode à la boucherie et à la violence graphique sans limite, Heca-Tomb se pose comme un chef d'oeuvre de la littérature populaire déviante, que certains esprits fragiles n'hésiteront pas à qualifier d'ignominie littéraire sans nom…

Chronique

Zaroff en est à son troisième roman gore commis depuis 2013. Trois romans cradingues : bien dégueus comme il faut et empreints d’une folie urgente, d’une ambiance bien particulière. Chaque roman est différent, mais pourtant, tous suivent une certaine ligne directrice. En effet, chaque roman explore une décennie (années 80 pour Night Stalker, années 70 pour Bayou, années 90 pour Heca-Tomb), avec ses codes culturels, et un coin d’Amérique, souvent reculé, enfermé sur lui-même, avec un arrière-fond bien malsain, un peu incestueux, presque claustrophobique. Bien sûr, ce dernier point ramène plutôt à Bayou et Heca-Tomb. Bayou avait quelque chose de poisseux, avec sa faribole de personnages dégénérés, qui m’a rappelé Blood-Sex de Nécrorian. J’ai une petite préférence pour Night Stalker qui possède un rythme différent : ça envoie, c’est rock. Heca-Tomb, tout en se différenciant de ses petits frères, est un mélange réussi de ces deux premiers romans : on y retrouve le côté dégénéré de petite ville reculée mais aussi le rythme plus rock, entraînant. Avec ce troisième roman, Zaroff plonge un peu plus dans l’aspect fantastique du gore, également.

Mais pour parler du bouquin en lui-même (la superbe préface de David Didelot évoque la carrière de Zaroff et ses influences bien mieux que je ne pourrais le faire), il faut commencer par le commencement : le visuel et le projet derrière. Et je dois dire que le pack CD/livre/poster/sticker a vraiment de la gueule ! L’illustration donne le ton, et de très belle manière ! J’ai aimé aussi retrouver ce visuel sur le CD, très bien conçu. Et pour couronner le tout, la préface et la postface permettent de dresser un joli portrait de l’auteur et de comprendre comment s’est construit ce projet atypique.
Quant à l’intrigue, elle est simple, basique même pourrait-on dire, mais on s’en fout. Le lien avec le CD est très bien fait et les descriptions gores sont très visuelles et imaginatives : on ne nous ment pas sur la marchandise ! Le style de Zaroff sert très bien ce type de littérature : implacable, efficace, avec un rythme rapide. Sans oublier qu’il est très inspiré ! Ca se lit bien, les massacres s’enchaînent. Heca-Tomb est incontestablement à lire pour ceux qui aiment le gore décomplexé, au moins pour l’inventivité dont l’auteur fait preuve dans les scènes de violence, qui parviennent à aller toujours plus loin.


mardi 24 janvier 2017

Noir et Rouge de Schweinhund et Artikel Unbekannt

Noir et Rouge

Editions : Rivière Blanche (2016)
218 pages

Résumé : Rouge. La terre est rouge comme une orange sanguine. Rouge tuerie, rouge boucherie, la bave aux lèvres annonce le repas du guerrier. Rouge sanglant, rouge telle une éternité en fusion, tel un lac de lave dans lequel je me baigne et me brûle.
Il pleut au fond de moi. Ce cœur que j’ai donné, cette âme que j’ai vendue. L’oubli est impossible, et la mémoire insupportable. Le cyclope darde sur moi son regard de serpent. Je lui roule une pelle. Cette pelle qui va creuser ma tombe.
Deux extraits. Deux pseudonymes. Mais un unique auteur. Car Artikel Unbekannt et Schweinhund sont une seule et même personne. L’individu qui utilise ces noms de plume aberrants a commis depuis 2011 un (in)certain nombre de nouvelles publiées dans une douzaine d’anthologies, et un roman intitulé Bloodfist, paru chez TRASH Éditions en 2013.
Le présent recueil rassemble l’intégralité de ces textes, agrémentée de plusieurs inédits. De l’Italie des années de plomb au Summer of Sam américain, en passant par l’Allemagne année zéro et le Japon après les bombes. Avec Alien, Batman, Wampus, Léonox, Méphista et Mme Atomos en invités surprises et les collections Gore et Angoisse en filigrane.
Du Fantastique au Trash en passant par l’Épouvante et le Thriller, voici donc toutes les raisons pour lesquelles Artikel Unbekannt et Schweinhund ont choisi d’avancer masqués. Et comme l’assassin revient toujours sur les lieux de son crime, un entretien avec l’auteur vient enfoncer le clou. On ne pourra pas dire que vous n’avez pas été prévenu-e-s.

Chronique

J’attendais avec impatience et grand plaisir ce recueil de nouvelles. Enfin les nouvelles de Schweinhund réunies. Mais pas que : celles d’Artikel Unbekannt aussi. Si je connaissais moins cet aspect de l’auteur, j’ai pu le découvrir à travers ce livre. Et je n’ai pas été déçue. Noir et Rouge réunit une variété de textes. Des textes de toutes les couleurs. Noirs et Rouges, mais pas seulement. Car on trouve également, au fil de ces pages, du post-apocalyptique, du fantastique, des hommages à la collection Angoisse, à Gore, à TRASH mais aussi à des personnages de Comics. Un recueil marqué par sa diversité, donc, mais parcourut par certains thèmes récurrents : l’obsession, la folie, et une certaine solitude des personnages également.
Il est découpé en 4 parties : slices of death, pulp is not dead, no future et white trash.

1. Slices of death :

À mourir de rire : j'ai beaucoup aimé ce texte qui tourne autour d'une obsession. La description de ce rire, de la gorge du personnage, de sa bouche, et de son meurtre ensuite, est très visuelle (la comparaison avec une tranche de viande fait bien son effet). Les émotions du personnage, ambivalentes à certains moments, et envahissantes, sont bien transposées. Le personnage a réussi à m'embarquer avec lui dans son obsession, qui confine pourtant parfois au délire. Dans ce texte, on ressent déjà bien la patte de Schweinhund, je trouve, avec un style très précis et maitrisé, parsemé d'images où fantasmagorie et réalité s'entremêlent. Le passage sur le bateau m'a un peu rappelé Bloodfist, sûrement à cause de la scène dans la mer.
C'est un texte original, bien maitrisé, qui donne le ton du recueil. J'aurais bien dit la couleur, mais ça, c'est plutôt la deuxième nouvelle qui s'en charge.
Avec Rouge on plonge encore un peu plus profondément dans les visions, les images, la folie… j'associe le Chien-Porc à ces thèmes, bien entendu, mais aussi à un style particulier, qui là s'expose dans toute sa complexité et sa force. Dans ce texte, je pourrais presque qualifier l'écriture d'épileptique, avec ces phrases courtes, ces images qui se superposent plus qu'elles ne s'enchaînent. Mais l'épilepsie se caractérise par une perte de contrôle, ce qui n'est pas l'impression que j'ai eu, puisqu'il y a toujours un soin particulier, une précision dans le choix des mots qui renvoie plutôt à de la maîtrise. Et en même temps, la folie s'exprime, se ressent et donc il y a quelque chose d'un peu "décousu", avec justement ces images qui s'imposent et auxquelles il faut donner du sens, ce qui n'est pas forcément évident au début de la lecture. C'est bien pour ça que j'ai parlé de "complexité" donc. Difficile de parler d'un texte comme celui-là. J'ai en tout cas apprécié la direction prise par rapport au thème de la possession, même si à la fin de la lecture je ne pourrais donner une explication certaine. Il y a un flou qui subsiste. Ce n'est pas quelque chose qui me dérange. Ce texte est très évocateur et pour moi, s'inscrit dans la lignée de Scheinwhund.
Passé décomposé : j'ai beaucoup aimé cette histoire d'amour tragique. Le personnage est très seul, sa vie semble défiler sans qu'il n'y prenne vraiment part, comme s'il était dans une sorte de bulle, à l'écart des autres. Une bulle remplit de vide, qu'il ne perce pas, entraîné un peu malgré lui dans le cours de sa vie. Cette profonde solitude que j'ai ressentie, cette impression de "vide" qui entoure le personnage, c'est quelque chose que j'ai déjà perçu chez d'autres personnages des nouvelles de ce recueil, notamment dans "à mourir de rire", même si dans celle-ci le personnage prend une part beaucoup plus active. Je pense que c'est lié au fait qu'on suit le personnage, ses pensées, de manière "intime", mais que sa vie et les autres personnes qui y prennent part n'apparaissent pas dans le récit ou de manière assez lointaine. Ca participe à l'ambiance sombre du texte.
Jaune : j'ai apprécié le découpage et le flou maintenu tout au long du récit, avec des pièces disséminées et des images qui surgissent, ce qui rappelle à nouveau un procédé un peu Schweinhundien.
Retour aux sources : agréable à lire, mais j'ai un peu moins aimé, car elle est un peu plus classique. L'ambiance est toujours assez lourde, avec un personnage à nouveau très seul.
À feu et à sang : déjà découverte dans l'Almanach des vampires. Il s'agit d'une nouvelle plus "douce", avec un style encore différent, mais toujours fluide et travaillé. Il y a quelque chose d'assez sensoriel. On retrouve la part "sombre" avec un personnage à nouveau coupé du monde, plongé dans la solitude et surtout dans une obsession, même si cette fois elle est plus extérieure qu'intérieure. Donc on y retrouve certains thèmes, mais en même temps, elle est vraiment différente. On ne pourrait pas dire "positive" en soi, mais l'amour est réellement présent, une certaine tendresse aussi, et la fin irait plutôt dans le sens du don. Il y a un partage entre les protagonistes, et même une certaine affection.

2. Pulp is not dead : six récits hommages qui m’ont moins embarquée, bien que le style reste de très bonne qualité.

Dark night : une rencontre de deux personnages de comics. C’est bien fait, on ne sait pas à quoi s’attendre au début de la nouvelle, mais peut-être un poil un peu trop court.
La tension de la stratégie : j’ai y découvert Wampus, personnage d’Hexagon Comics. J’ai préféré cette nouvelle-ci, avec des personnages intéressants et une intrigue qui tient en haleine.
Aliénation : ma préférée de cette partie, avec une ambiance oppressante et un androïde qui se retrouve bien seul dans son voyage dans l’espace. Ou au contraire, peut-être pas suffisamment…
Le masque et la marque et Le Péril Jaune sont deux hommages aux Fleuve Noir Angoisse. Ces nouvelles sont bien écrites, mais je pense qu’on est forcément plus touché par ce qu’elles racontent lorsqu’on connaît bien les personnages mis en scène. Sauf Mme Atomos, ils ne m’étaient que connus que de noms, donc je n’ai pas été très embarquée par l’histoire.
Travaux forcés : courte mise en scène de l’auteur de la série Panthera, Orloff, amusante et plaisante à lire.

3. No future :

Japon, année zéro : trois destins qui se croisent et s’entremêlent. J’ai aimé le développement des personnages, l’un après l’autre, avec des vies qui au départ s’éloignent pour mieux se rejoindre ensuite. Et ce n’est pas celui qui apparaît le plus sympathique qui au final l’est. D’ailleurs, sympathique n’est pas vraiment un terme qui convient à ces personnages. Le contexte ne s’y prête pas non plus. Le Japon sous les bombes à la lumière de trois personnes bien particulières. C’est très beau.
Angst : période similaire mais autre lieu, on accompagne cette fois des nazis dans l’après-guerre de Berlin. Un texte qui sonne très juste, très « réaliste »… enfin jusqu’à un certain point. Celui où le fantastique peut se mêler à la réalité.
Caïn et la belle : j’ai adoré cette nouvelle. Le début est très efficace et j’ai directement été plongée dans l’ambiance sombre, désespérée et le calvaire de cet homme. La fin nous emmène sur un rivage plus inattendu. Est originale. Un sans faute.

4. White Trash : ma partie préférée, même si chacune possède des textes forts. Celle-ci en assène à la pelletée. Des textes courts, mais percutants. Et toujours avec ce style inimitable qui joue avec les mots, les choisit avec une précision chirurgicale mais n’hésite pas étaler les tripes et la crasse pour salir un peu tout ça quand il le faut.

1985-1990 : un bel hommage à la collection Gore, avec toujours les thèmes de l’obsession et de la folie sous-jacents. J’ai beaucoup aimé la construction. Et la fin.
La chambre noire : un combat contre une entité qui semble bien l’incarnation de sa propre folie. Une nouvelle obsession. Dans le noir. Les mots s’enchaînent et se percutent, et nous percutent. Beaux comme cette maladie à figure d’amazone.
Légion : invocation au rythme envoûtant, où l’auteur joue avec les mots. On ne comprend pas tout et on s’en fout.
Quinze minutes : efficace, percutant, plus ancré dans le réel et la violence frontale.
Bon sang ne saurait mentir : approche plus directe à nouveau, brutale. Avec une chute efficace. Et une pointe d’humour. Juste ce qu’il faut.
Löwenacht : une sorte de pamphlet, comme l’a très bien dit Catherine. Contre le consumérisme. Contre les croyances aveugles et aveuglantes. Toujours avec ce style si particulier, aux images fortes et percutantes.
Profondo nero : celle-ci tient une place spéciale dans mon coeur. C’est celle qui m’a fait découvrir et adoré les textes courts de Schweinhund. Un vrai petit bijou, qui représente parfaitement les thèmes et l’écriture ciselée de l’auteur. Un délire visuel, prenant. Perturbant. Le sens se dévoile dans les détails. Des images fantasmagoriques qui révèlent pourtant toute la réalité. Une réalité bien crue. Horrible. Il y a du Lynch, là-dedans.
2013-2016 : un joli hommage aux auteurs de TRASH. Nouvelle miroir à 1985-1990. Plus personnelle, encore. On y découvre la maison de l’auteur, et de drôles de choses s’y déroulent…
Contre-nature : le récit d’une vengeance un peu particulière. Un fœtus, ce n’est pas aussi inoffensif qu’on pourrait le croire. Un texte qui cristallise les angoisses liées à la grossesse, et toute l’étrangeté qui accompagne ce processus. C’est glauque. Et c’est flippant.
S.O.S. : une promenade hallucinée dans un New York oppressant.
Confrontation : la violence est dans la tension qui parcourt le récit. Trois personnages un peu cabossés, qui se comprennent à demi-mot et partagent une tranche de vie. Quelques heures dans une nuit. Qui changent tout ? Ou rien ? Et est-ce que ça a de l’importance ?
L'altro inferno : la même force d’évocation que pour Profondo Nero, avec un rythme envoûtant, les clés du mystère qui se dévoilent peu à peu et des images fortes qui se modifient au fil de la compréhension. Un texte puissant, qui saisit, prend aux tripes. Et qui pourtant envoûte.
Blutwurst : un texte très sensoriel. Fantasmagorique. Les scènes se mélangent dans une violence visuelle et sonore.
L'oeil du serpent et Corps et liens : hommages à Kââ/Corsélien. Dans le premier, j’y ai vu le personnage de « Silhouettes de mort… », mais ça, c’est peut-être parce qu’il s’agit du seul Kââ à mon actif.
Le deuxième texte m’a encore plus plu. Il est d’une poésie folle (et les deux termes s’y marient vraiment très bien). Il termine même sur un poème, que j’ai adoré. Macabre et beau. Ce qu’un poème devrait être.
Les textes de Schweinhund sont plus ou moins facilement compréhensibles, plus ou moins sombres et malsains, jouent plus ou moins avec les mots. Certains sont plus hermétiques, difficiles d’accès, même si tous valent qu’on prenne la peine d’y pénétrer. « Corps et liens » est de ceux qui atteignent un équilibre parfait. Entre la beauté des mots et l’intrigue sombre.
Le recueil se termine sur une interview de l’auteur par Zaroff, qui a écrit « Night Stalker » et « Bayou ».

Pour conclure, Noir et Rouge est un recueil qu’il faut aborder comme un aventurier. À la découverte d’un univers à part. D’un style unique. D’histoires qui peuvent plonger loin dans l’obscurité. Certaines nouvelles seront conquises facilement, d’autres mériteront d’y retourner encore et encore. Parfois, leurs paysages ne s’ouvriront pas totalement à vous, et il faudra accepter de se laisser porter par les mots, sur des rivages inconnus où le réel est flou.
Chaque mot est choisi avec attention, chaque phrase est ciselée. Vous serez touché. Mais difficile de dire par quel texte précisément : la sensibilité y est si forte qu’en fonction de la vôtre, le résultat peut être surprenant.
Dans tous les cas, c’est un voyage qui vaut la peine d’être fait. Et bonne nouvelle, il sera facile d’y retourner. À portée de votre main.


vendredi 5 août 2016

Charogne tango de Brice Tarvel

Charogne Tango

Editions : TRASH (2015)
149 pages

Résumé : Enfant, en Argentine, Gonzalo a erré dans les salles de torture et de mort de l'Ecole supérieure de Mécanique de la Marine. Ce qu'il y a vu, les effroyables exactions de la junte militaire lui ont bien plu et ont marqué à jamais son esprit. Il ne faut donc pas s'étonner si, bien des années plus tard, il décidera de libérer le prédateur qui sommeille en lui.

Extrait : Il semblait vêtu d'écarlate, ne faisait plus qu'un avec cette morte encore molle qui tenait le rôle d'une épouvantable poupée gonflable. Il dansait, multipliait les figures les plus compliquées, n'hésitait pas à saisir l'un ou l'autre membre de sa partenaire d'outre-tombe pour l'obliger à se plier à son bon vouloir. Il éprouvait le même bonheur que lorsque, dans la cuisine de sa grand-mère, effrayant les poules, il s'initiait au tango en ravissant la vieille femme.


Chronique


J'avais adoré la nouvelle de Brice Tarvel, Kotok, dans Dimension TRASH, et avais donc très envie de découvrir ce roman. Le personnage de la petite fille, tout particulièrement, m'avait plu. Ayant été qualifié de petite sœur de Patchouli, ma curiosité avait bien été émoustillée. Et elle n'a pas été déçue.

Les personnages sont bien barrés, aucun doute là-dessus. Patchouli et Gonzalo en tête, mais les autres qui parcourent le récit ne sont pas en reste. J'ai beaucoup aimé suivre les déboires de cet apprenti tueur en série, qui tombe souvent mal. Les scènes sont savoureuses, toujours empreintes d'humour. J'ai d'ailleurs grandement apprécié cet humour décalé.

Le style est toujours aussi fluide, et j'ai même trouvé certains passages très joliment formulés. Je me suis laissée porter au bout de cette histoire avec beaucoup de plaisir. Et pour une fois, tout n'est pas noir. Il y a même un peu de tendresse qui s'invite chez TRASH.


mardi 5 juillet 2016

Pestilence de Degüellus

Pestilence

Editions : TRASH (2013)
150 pages

Résumé : L'ignoble Moyen-Âge... Un village dans les marais, une épidémie... Hommes, femmes et enfants couverts de bubons, qui meurent dans d'atroces souffrances, lorsqu'ils ne sont pas brûlés vifs. Et ce médecin de la pestilence aux prises avec un complot répugnant...

Extrait : Les corps étaient dans le grand lit. Barbet, pourtant habitué aux cadavres, s'accrocha au chambranle, écoeuré. Le père de famille, visage tourné vers le médecin, semblait le dévisager. L'oeil gauche disparaissait sous une énorme cloque putride dont s'échappait une énorme coulée brunâtre. Le nez était tombé, laissant un orifice à vif, au pourtour rosacé recouvert d'un mucus glauque contournant les lèvres constellées de bubons, figées en un rictus de douleur.


Chronique


Le Moyen Âge est une époque qui se prête extrêmement bien aux excès les plus purulents et atrocités les plus extrêmes, Pestilence le confirme.

Quand je pense à cette époque, j’imagine des rues sales, nauséabondes, où les déjections sont jetées par les fenêtres, où la maladie se répand dans un air épais, putride, où les chicots sont noirs, quand ils sont présents. Un Moyen Âge peu représenté dans la littérature, et qui exhale toute sa puanteur méphitique dans ce roman. Pestilence a été comparé à plusieurs reprises à du Brussolo, et c’est vrai qu’il m’a un peu rappelé « Le château des poisons », pour cette ambiance en huit-clos, même si Degüellus va plus loin dans l’horreur.

Le début est vraiment excellent, avec l’arrivée dans ce village perdu au milieu des marécages, atteint par la peste, qui combat la maladie par des extrémités liées aux peurs et croyances de l’époque. Les descriptions de la maladie sont très efficaces, et j’ai particulièrement apprécié le vocabulaire utilisé, qui permet une bonne immersion dans l’histoire.
L’intrigue tient en haleine jusqu’au bout, et le personnage de Tancrède est intéressant, obnubilé par sa quête morbide, humain dans tous les sens du terme. Moderne dans sa façon de penser, il est exclu par ses collègues pour cette raison. Il étudie la maladie, aide les malades sans que cela ne soit réellement son but premier, mais fait tout de même preuve d’humanité, et affronte l’église pour cela. Les autres personnages présentent un peu moins de nuances. J’aurais aimé voir l’inquisiteur un peu plus longtemps.

Certains passages sont presque cartoonesques, dans un excès qui en devient quasi amusant. J’ai une préférence pour l’approche plus « réaliste », noire de TRASH. Une approche plus premier degré, qui ne permet aucun recul, aucune distance. Là, l’aspect un peu burlesque rend l’horreur plus supportable. L’avantage est de pouvoir se concentrer plus facilement sur l’intrigue, sans se laisser submerger par les atrocités, et de pouvoir dévorer le livre sans interruption.

Donc un bon bouquin, à ne pas manquer pour les aficionados du gore.


jeudi 19 mai 2016

Bayou de Zaroff

Bayou

Edition : TRASH (2016)
150 pages

Résumé : Le Bayou dévore tout. 
Les corps et les âmes. Sacrifices vaudous, braconnage zoophile et crimes racistes sont monnaie courante dans cet enfer végétal.
On y lynche même des shérifs. Qui détient la vérité ? La prêtresse aux seins lourds, le KKK ou ce gnome au regard étrange ?

Extrait : La saisissant brutalement par les cheveux, il lui bascula la tête en arrière et sortit sa queue immense, dure et traversée de veines bleuâtres. Il força les globes oculaires avec son gland et les creva. Une purée ressemblant à des glaires s'écoula des orbites violées. La vieille femme hurla, le visage pétrifié par la douleur. La bite fouillait les cavités crevées par des coups de reins à un rythme endiablé.


Chronique


Un roman poisseux, crade. Dans son ambiance collante, tenace, malsaine, et ses personnages dégénérés, ce livre se rapproche beaucoup de Blood Sex, de Nécrorian. Et dans cette veine, Zaroff n’a pas à rougir, il est à la hauteur de la comparaison.

C’est un livre qui laisse beaucoup de place au sexe, un peu trop pour ma part. Mais il n’y a pas à dire, Zaroff est imaginatif. Certains passages valent les chips lays de Night Stalker, pourtant une scène d’anthologie.
Mis à part ce « défaut », en lien avec mes préférences, c’est du Zaroff : sans concession, direct et percutant dans le style ; drôle et ironique dans les dialogues.

Plus que l’intrigue, c’est l’ambiance, qui donne sa part belle au Bayou, mais qui regroupe aussi le KKK et le vaudou, qui vaut le détour. C’est un roman riche, dense. Mais la fin est un peu rapide. Tous les éléments se rencontrent, mais cela se résolve assez vite une fois que tout prend sa place.
Les personnages sont assez particuliers, puisque bon « bouseux », ce qui participe à l’ambiance. Donc il est difficile de s’attacher à l’un d’entre eux, mais en même temps, ça a un certain cachet. J’ai tout de même apprécié l’adjointe Milly, avec son caractère affirmé et sa répartie.

J’ai une petite préférence pour Night Stalker, mais avec Bayou, zaroff va encore plus loin et livre un roman encore plus crade et nauséabond, à l’image de ces marécages putrides qui accompagnent tout le récit.